Enquête indépendante sur la mort tragique de Gaëtan Mootoo, chercheur Afrique de l’Ouest pour Amnesty International

Enquête indépendante sur la mort tragique de Gaëtan Mootoo, chercheur Afrique de l’Ouest pour Amnesty International

Le mouvement d’Amnesty International a été très attristé par la perte tragique et soudaine de notre collègue Gaëtan Mootoo, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest. Il travaillait pour l’organisation depuis plus de 30 ans. Les autorités françaises ont confirmé que Gaëtan s’était suicidé. On a retrouvé son corps tôt dans la matinée du samedi 26 mai 2018.

Nous avons demandé une enquête externe indépendante afin de déterminer si Amnesty International s’était acquittée de son devoir de diligence à l’égard de Gaëtan Mootoo, et tirer les leçons de cette tragédie.

James Laddie (Queen’s Counsel), de Matrix Chambers, à Londres, a été chargé de cette enquête. Il possède une grande expertise dans le droit du travail. Le rapport a été transmis à la famille de Gaëtan et au personnel d’Amnesty International.

Gaëtan était l’un des plus anciens employés d’Amnesty International, et il a eu une influence incroyable sur l’organisation elle-même, et sur toutes les personnes avec lesquelles il a collaboré. On l’a qualifié à juste titre de chercheur légendaire. Comme James Laddie le note dans son rapport : « Il est évident qu’il a marqué la vie des gens d’une manière à laquelle la plupart des autres ne peuvent qu’aspirer. »

Après avoir pris connaissance du rapport d’enquête, Kumi Naidoo a adressé la déclaration suivante à l’ensemble du personnel :


Londres, 19 novembre 2018

Chères et chers collègues et ami·e·s,

 J’ai reçu le rapport de James Laddie (Queen’s Counsel) après son enquête indépendante sur les circonstances ayant précédé la mort de notre collègue Gaëtan Mootoo. Je salue ce rapport et accepte l’ensemble de ses conclusions et recommandations. Je sais qu’il déclenchera d’importants processus de réflexion et d’apprentissage dans notre organisation.

Au nom du Bureau exécutif international (BEI) et de la Direction générale (SLT), je voudrais exprimer nos plus profonds regrets pour la tragédie qui s’est produite, et pour les souffrances endurées par la famille, les amis et les collègues proches de Gaëtan.

Je tiens à souligner que cette période a été difficile pour nous tous, et surtout pour celles et ceux qui connaissaient bien Gaëtan. La lecture de ce rapport est douloureuse, car elle rappelle non seulement les circonstances de la mort de Gaëtan, mais aussi les dures années de changements organisationnels qui ont affecté beaucoup de personnes 

Nous devons toujours nous demander si nous aurions dû agir autrement et, surtout, déterminer ce que nous pouvons et devons faire différemment à présent. J’ai eu l’occasion de discuter des conclusions avec la famille de Gaëtan, et je voudrais faire part de ma réponse et de mon engagement envers elle et envers l’ensemble du mouvement d’Amnesty International.

Ce rapport décrit de manière déchirante les difficultés d’un collègue de longue date, largement respecté, face aux changements de notre organisation. Les conclusions du rapport me troublent profondément et nous devons reconnaître nos défaillances au vu de la mort tragique de Gaëtan.

Ces conclusions jettent une ombre sur certaines pratiques du management pendant la période de transformation d’Amnesty International. Le bien-être du personnel doit être au cœur de nos pratiques en matière de leadership et de management. Personne dans l’organisation ne doit se sentir isolé, dévalorisé ou négligé. Je tiens à vous assurer que le BEI, la SLT et moi-même travaillerons ensemble pour veiller à la mise en œuvre des recommandations du rapport. Nous publierons un plan et un calendrier détaillés d’ici la fin de l’année, et indiquerons notamment comment le personnel peut définir et contribuer au travail sur le bien-être et le devoir de diligence.

Le rapport de James Laddie souligne des problèmes inhérents à notre structure organisationnelle et des défaillances dans notre responsabilité collective en matière de bien-être et de soutien au personnel. La faute ne revient à personne en particulier, et je suis rassuré de savoir que Gaëtan a été reconnu et soutenu par son supérieur hiérarchique, et qu’il a pu bénéficier de la sympathie et des encouragements de nombreux collègues.

J’envisage de modifier la culture, les méthodes de travail et la structure de la SLT. Je m’étais déjà engagé à le faire, et cette action est désormais plus pertinente que jamais, au vu des critiques qui nous visent. Je travaillerai avec un expert externe sur ce processus, et j’intégrerai les conclusions du rapport de James Laddie. Je rendrai compte de mes décisions au début de l’année prochaine.

Comme vous le savez déjà, pour faire suite à l’enquête de James Laddie, Salil, mon prédécesseur, avait demandé une évaluation approfondie de nos politiques et procédures, afin de déterminer les mesures supplémentaires requises pour soutenir notre personnel de façon adéquate, et assurer son bien-être. Cette deuxième partie de l’enquête externe fournira des recommandations visant spécifiquement à améliorer l’approche du bien-être du personnel au Secrétariat international. Les experts de KonTerra ont été choisis par le groupe de supervision pour entreprendre ce travail. KonTerra possède une vaste expérience dans l’évaluation de l’attention portée au personnel et du devoir de diligence à son égard, dans les organisations du secteur humanitaire et du développement. Ses experts nous aideront à élaborer un plan adéquat. Le rapport sera publié en janvier, et nous permettra de nous appuyer rapidement sur d’importantes initiatives déjà amorcées.

La SLT s’est pleinement engagée à collaborer avec moi et les membres de notre mouvement mondial pour rétablir votre confiance, en suivant les recommandations de James Laddie et en créant un environnement de travail qui fera d’Amnesty International un employeur véritablement doté de compassion.

Je voudrais exprimer mes remerciements et ma gratitude à James Laddie, qui a mené l’enquête indépendante, ainsi qu’à Manon Schick, Kate Allen et Seydi Gassama, qui forment le groupe de supervision accompagnant l’ensemble du processus d’examen externe.

Alors que nous travaillons intensément pour améliorer notre culture interne en ces temps difficiles, j’invite tout le personnel d’Amnesty International à réfléchir aux conclusions de James Laddie, et à prendre soin de soi et des autres, en gardant le souvenir de Gaëtan et en tirant les leçons du passé.

En particulier, je demande aux directeurs et directrices de section de partager la présente réponse et le prochain rapport de KonTerra avec leurs bureaux et leur personnel. Le BEI, la SLT et moi-même comptons sur vos commentaires et vos suggestions pour faire évoluer notre culture et recentrer nos priorités. Toutes les propositions seront les bienvenues. Je sais que nous faisons face régulièrement à des situations difficiles, en particulier dans les petites sections. J’espère que nous pourrons travailler ensemble pour relever ces défis à l’avenir.

Je suis avec vous, et je vous demande de travailler avec moi et la SLT pour aller de l’avant. Dans les semaines à venir, j’espère également que celles et ceux qui le souhaitent trouveront auprès de moi-même ou d’autres cadres supérieur·e·s le temps de partager vos pensées, vos peines, vos critiques et vos conseils.

Bien cordialement,

Kumi Naidoo

Secrétaire général, Amnesty International

Publié le 21.11.2018

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